Là, faut sourire. Et se rapprocher du cycliste suiveur. D’abord Claude Bonnet. Puis Christophe Tichit. Quant à Éric Cambon, il a prévu le coup, au cas où la nuit tomberait plus vite que prévu : il nous fait tirer le portrait en fin d’après-midi dans le jardin public de St Affrique.

Quand même, des amateurs, ces suiveurs… Claude a un bidon de cycliste. Oui mais voilà, le sujet André Suc n’est pas cycliste, mais athlète (si,si).Résultat : pour avoir le quart d’eau (25 cl) réglementaire, il faut y passer trois minutes. Christophe a des fioles de 10 cl… tout juste bonnes à asperger les jambes. Enfin en creusant, il a nettement mieux : une bouteille de Salvetat, puis une autre d’1,5 litre. Bon, là, sans jouer les « originaux », on aurait fait avec moins. Mais ça oblige à une gymnastique : il doit prendre de l’avance avec son vélo à crécelle, avant de s’arrêter pour la tirer de son sac à dos. Éric, c’est le bouquet : il a juste une pipette à partager. Combien André regrette le temps de Claude Bousquet, employé aujourd’hui à le fête du chou de Nages. Ils avaient découpé à mi-hauteur un magnum, de façon à y insérer une bouteille courante de 50 cl. Le tout était introduit dans les poches latérales du sac à dos du cycliste. Résultat : le coureur n’avait qu’à tendre la main pour se servir. Et le suiveur pouvait s’arrêter faire le plein, dès qu’une des deux bouteilles étaient vides. Un procédé qu’André avait décrit à l’arrivée d’une de ses douze éditions, tant il lui semblait génial dans sa simplicité. Mais il n’était pas sûr que ni le commentateur ni le public ne l’aient compris. En tout cas, çette invention n’a toujours pas fait école. C’était il y a 15 ans ou plus… En 2018, l’entraînement a beau être plus consistant, de l’eau, avant d’arriver dans ces bidons, il en est passé sous les ponts.

« Je comprends ce que tu veux dire. » Enfin quelqu’un qui le comprend : c’est Christophe. Ils viennent d’aborder une longue ligne droite montante et plombée de soleil entre St Georges et St Rome. André, hors une paire de kilomètres du côté du Rozier, n’a eu aucune sensation positive jusque-là et vient de lui confier : « Ici, c’est terrible. » « Je comprends ce que tu veux dire » : la réponse qu’il fallait pour chasser toute idée d’abandon. Et éviter de répéter 2005. Tout le contraire d’aujourd’hui : à l’époque, il était dans un état de grâce, mais lucide, durant les trente premiers kilomètres. D’une facilité sans pareille. Autant en profiter : ce sera toujours des minutes ou des quarts d’heure de « matelas », si on rentre dans le dur. Et le « dur » est arrivé. Normalement ça passe au bout d’un quart d’heure ou de demi-heure. Cette fois-là une heure, deux heures un peu plus loin, il n’y avait toujours pas de répondant. Alors au bout de trois heures à se traîner, André avait bâché. Pour de bon : il était allé pleurer à chaudes larmes derrière ce bartas, pour que personne ne le voie. Pas même Claude le suiveur.

Un taiseux. Faut que je leur dise que je suis un taiseux. Bon c’est fait avec Francis Gil qui, avec une portion de journée devant lui, était descendu vers la Cresse pour accompagner jusqu’à Millau. Lui, ça compense, il est volubile. Je le glisse aussi à Claude et à Christophe. « Mais c’est normal, »qu’ils rassurent. Quant à Éric, il ne reste guère que la côte de Tiergues retour à avaler. Car tout est perdu : 11 h 30 s’il fait frais, 12 h 00 s’il fait chaud. Sauvons l’honneur : en terminant. Autant parler de « nos » courses respectives, encore fraîches. Plus jeune, la mort de Georges m’aurait hanté le jour et la nuit. Mais au contraire des coureurs des Foulées de St Jacques, je ne l’ai vu que vivant, voire bon vivant comme d’habitude. Et puis s’il était à Murat à cause de moi, que pouvons-nous, pauvres terriens, contre la force du destin ? Et les kilomètres passent avec arrêt une paire de minutes à tous les stands. Éric communique, par la voix ou les messages écrits, avec d’inconditionnels supporteurs. Quand il lâche le portable, il est aussi enjoué que Francis. Jusqu’aux gendarmes qu’il encense : « Merci d’être là ! » Histoire de ne pas les dégonfler, je laisse passer quelques mètres avant de tempérer : « Tu sais, Éric, en même temps ils sont payés pour ça… »

Un ultime objectif. C’est vrai qu’en parlant, la fuite du temps est moins monotone, moins ingrate. Il est neuf heures et demie : une petite idée derrière la tête se dégage. Ne pas s’arrêter de trop à St Georges. Mais il est où, ce foutu km 90 ? Non, à mon avis on ne l’a pas passé. Ah ! le voilà… Déjà dix heures moins le quart. Si j’arrive au rond-point Leclerc, et qu’il me reste 35 minutes, c’est jouable. Non, plutôt 40. C’est à peu près au km 95, et ça me ferait du huit minutes au kilo. Bon, on vient de parler avec Ricou des dix dernières bornes qu’il avait enchaînées ici-même à raison de cinq minutes au kilo. Et moi aussi dans un profil plat à Rognonas pour réussir les neuf heures, mais c’était il y a longtemps. Vingt-cinq ans déjà… Bizarre, je suis moins « cuit » quand je double. Embrayer toute la côte du viaduc en courant, mais sans excès : derrière il y a encore huit kilomètres. Bon après, c’est vrai, il y a du monde. Et des petits passages plus motivants que ces largeurs de Nationale. Enfin, le 95. « Va me chercher du sucre en morceaux. » Plus loin, Éric propose, les deux mains ouvertes : « Tu choisis, je t’ai aussi pris des pâtes de fruits. » Je rafle tout sans un mot. Seule compte la ligne d’arrivée !

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100 km de Millau (29-30 septembre 2018)

  1. Hervé Seitz en 7 h 19′ 06…. 392. Suc André en 12 h 55′ 00 (12ème M3 sur 1o2 arrivants et 152 inscrits)… 1017 arrivants.